La théorie des voix ou sémantique des relations
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La théorie des voix ou sémantique des relations
La théorie des voix est directement issue de l’approche noémique.
Cette théorie marque une évolution majeure par rapport à la Linguistique Générale. Elle est exposée en détail dans TAL chapitre XI, mais elle est brillamment éclairée par les pages du chapitre VIII de Sémantique Générale consacrées aux aires événementielles.
Ce qui y était présenté jusqu’ici comme voix devient la diathèse qui désigne l’orientation de la relation prédicative et qui peut être attributive, moyenne ou active.
La théorie des voix précise de manière fondamentale la diathèse.
Ainsi, B. Pottier distingue en français cinq voix, l’existentiel, l’équatif, le situatif, le descriptif, et le subjectif, ces cinq voix pouvant connaître trois variantes nommées « statut » : le statif, l’évolutif et le causatif.
Nous donnons ci-après, pour la clarté de l’exposé, les quinze modèles de voix qui résultent de la combinaison des voix et des statuts.
Ces quinze modèles sont censés caractériser la totalité des configurations d’énoncé produite en français.
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Statut Voix |
Statif |
Évolutif |
Causatif |
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EXI |
il y a une difficulté |
il apparaît une difficulté |
C provoque des difficultés |
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EQU |
A est président |
A devient président |
C nomme A président |
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SIT |
A est en prison |
A entre en prison |
C met A en prison, |
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DES (2) (3) |
A dort A a de l’argent |
A s’endort A gagne de l’argent |
C endort A C procure de l’argent à A |
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SUB |
A sait l’anglais |
A apprend l’anglais |
C enseigne l’anglais à A |
Il faut souligner l’avancée que constitue cette théorie des voix par rapport à l’analyse purement syntaxique.
Une séquence formalisée au plan syntaxique de la façon suivante : SN + SV + SN peut représenter tout aussi bien l’énoncé : « le chat regarde la souris »(1) que « le chat est un animal » (2) ou « le chat mange la souris » (3). Or (1) a pour voix un subjectif à statut statif. (2) est un équatif statif et (3) un descriptif causatif.
Autrement dit, la théorie des voix permet de distinguer des énoncés identiques au plan formel, mais sémantiquement totalement différents.
Les domaines sémantiques
Chaque voix recouvre des domaines sémantiques précis.
L’existentiel (EXI) qui permet de présenter une entité, peut obéir à une vue prospective (« soit », « voici »), une vue coïncidente (« il y a », « il fait beau »), ou une vue rétrospective (« voilà », « c’est », « ça fait »). Inutile de préciser que ces trois vues correspondent à la fois à des noèmes, et à des sèmes génériques. Cette remarque est de nature à compléter ou à préciser la classification présentée dans TAL p. 95.
Le situatif (SIT) couvre les domaines sémantiques de repérage spatial, temporel et notionnel. Ces domaines sont également des noèmes et des sèmes génériques. Chacun est lui-même justiciable d’une décomposition plus fine. Par exemple, le domaine du repérage spatial peut recouvrir les notions suivantes :
- mouvement/position
- approche/éloignement
- nature du repère (orienté ou non, intériorité ou non)
- orientation (verticale, horizontale)
- distance du repère
Cette analyse peut être poursuivie pour chaque domaine sémantique.
L’équatif (EQU) exprime une relation d’équivalence avec une entité de même nature. L’équivalence peut être plus ou moins affirmée et correspondre à trois niveaux d’intensité : l’identité (« Paris est la capitale de la France »), la similitude (« Paris est une ville de plaine ») et l’évocation (« Paris est une sirène ») (TAL p. 140). La similitude peut correspondre à la notion d’appartenance à une catégorie (« le chat est un félin », « l’association est une personne morale »). Équivalence, identité, similitude, évocation sont évidemment des noèmes et des sèmes génériques. Cette décomposition vient enrichir la liste déjà longue des relations s’inscrivant dans la grande classe noémique « Hiérarchies » (TAL p. 95 et s.).
Le descriptif (DES) permet d’attribuer à une base toute caractéristique :
Pierre est gentil
Pierre court
Pierre se lève
Pierre a de la chance
Le descriptif connaît trois variantes : avec l’auxiliaire être ou tout verbe assimilé (DES1), avec un verbe intransitif (DES2), avec le verbe avoir et tout verbe assimilé (DES3)
Les descriptifs DES1 et DES2 couvrent de nombreux domaines sémantiques dont B. Pottier donne une liste :

Le descriptif DES3 couvre des domaines sémantiques qui se répartissent sur un axe continu allant de l’inaliénable (parties du corps, sensations, parenté...) (« Pierre a un nez ») à l’aliénable (possession externe) (« Pierre a une voiture »).
Le subjectif évoque les activités de la base, sans que la nature du prédicat soit affectée.
Les domaines sémantiques sont ceux de l’intention (pouvoir, devoir, vouloir), la perception (voir, entendre, sentir), la cognition (croire, savoir, connaître).
Les statuts
S’agissant des statuts, ceux-ci sont justiciables d’une analyse plus fine que la distinction en trois types de base : statif, évolutif, et causatif. L’évolutif peut être inchoatif, continuatif ou terminatif, classification voisine de la distinction entre vue prospective, coïncidente et rétrospective. Cette distinction se projette sur le causatif. D’où la possibilité de sept variantes de statuts, ce qui porte à 35 le nombre de modèles de voix disponibles.
Les transferts de voix
De même que pour les syntagmes, on observe des transferts de voix.
Pour une relation donnée, plusieurs voix sont généralement possibles. Pour un même schème d’entendement, en fonction du choix qui est fait au niveau du schème prédiqué, c’est-à-dire le choix qui est fait de l’élément qui sera pris pour base et du reste qui constituera le prédicat, on pourra obtenir par exemple un existentiel (« il existe un malaise ») ou un descriptif (« un malaise existe ».
En fait, pour chaque relation, il existe une voix primaire et une voix ou plusieurs voix secondaires dérivées par modification de la vision sur le module.
Ainsi, « le service public de l’éducation est conçu en fonction des élèves » est une voix descriptive de type 1, obtenue par dérivation d’un existentiel qui pourrait être « on conçoit le service public en fonction... », formulation peu élégante et, de surcroît, qui ne met pas en valeur l’élément sur lequel on veut insister qui est le service public. On aura l’occasion de vérifier statistiquement la propension des textes juridiques à recourir à la forme passive de préférence à une forme active impersonnelle. Il convient de relever que le changement de vision n’implique pas toujours un changement de voix : on aura « Pierre a blessé Paul » (DES2 CAU), et « Paul a été blessé par Pierre » (DES2 CAU), mais aussi, avec changement de voix, « il arrive un train » (EXI2), et « un train arrive » (SIT).
Les modules casuels
Chaque voix possède un ou plusieurs modules types.
Par exemple, le module type de l’existentiel est : Æ W SN (« il était une fois une princesse », « il arrive un train », mais on peut avoir SN V acc SN (« Pierre pose un problème ») ou SN V final SN « le service public de l’éducation contribue à l’égalité des chances »). Le module type du descriptif DES1 est SN W SA (« la montagne est belle »).
Pour chaque voix, il existe ainsi un petit nombre de modules disponibles propres à chaque type de relation.
Il est important de souligner que toute l’analyse des voix par B. Pottier est fondée implicitement sur des noèmes ou des sèmes génériques. Les voix elles-mêmes, avec leurs sous-catégories correspondent à des domaines sémantiques distincts, de même que les statuts correspondent à des sèmes génériques que nous pouvons directement utiliser dans la construction des sémèmes et des taxinomies qui en résultent. Ainsi, le causatif première forme (CAU1) de l’existentiel peut s’exprimer au travers des lexèmes suivants : créer, provoquer, causer, soulever, construire, dessiner, imaginer, concevoir, organiser, contribuer à, aider à, permettre, favoriser qlqch. Tous ces lexèmes ont dans leur classème les sèmes génériques, « existentiel », « causatif », « prospectif ». Ils doivent être distingués les uns des autres par des sèmes spécifiques. Parmi les sèmes génériques, il convient d’ajouter la catégorie syntaxique : « achat » ne peut avoir tout à fait le même sémème qu’« acheter ». Il est vrai que le sémème se définit en principe au niveau du morphème et que dans le présent exemple « acheter » est la concaténation de deux morphèmes, la racine et le suffixe et que le sémème 'acheter' résulte de la combinaison des deux sémèmes de base.
La théorie des cas sémantiques de Fillmore
La théorie des voix permet à B. Pottier de prolonger en leur donnant une pleine cohérence les tentatives de Tesnière (1959), puis de Fillmore (1968).
Sans entrer dans des commentaires d’analyses aujourd’hui dépassées, on peut se référer aux commentaires de G. Sabah (1990, chapitre III « Grammaires de cas »), et plus précisément aux exemples qui le préoccupent, syntaxiquement identiques, mais qu’une bonne théorie sémantique doit permettre de différencier.
Première série d’exemples :
Voix/statut domaine sémantique
Jean aime les spaghettis SUB/STA sens
Jean mange une glace DES2(CAU) relation externe
Jean attrape un rhume DES3(EVO1) inaliénable (possession interne)
Seconde série d’exemples
Jean casse la branche avec une pierre DES2(CAU) relation externe
La pierre casse la branche DES2(CAU) relation externe
La branche casse DES2(EVO2) relation interne
On constate que les deux premiers cas ne sont pas distingués et que la forme du verbe reste la même dans les trois cas. B. Pottier note (TAL p. 144) que certains verbes, comme casser ou les verbes de coloration (jaunir) conservent la même forme comme évolutifs et comme causatifs (« le papier jaunit / Pierre jaunit le papier », « le verre casse ou se casse/Pierre casse le verre »). Il y voit une polysémie modulaire et considère ces verbes comme des polymodulaires. Il n’empêche qu’il faut bien traiter ce type de cas. Fillmore proposait une démarche très empirique consistant à poser la forme canonique des verbes de ce type :
[objet,(instrument),(agent)]
et pose comme règle que sur la base de cette forme trois cas sémantiques sont possibles, correspondant aux trois arguments et que l’objet est obligatoire tandis que l’on peut omettre l’agent et l’instrument. Il en induit que si l’agent est absent, le sujet devient l’instrument, et que si l’agent et l’instrument sont absents, le sujet devient alors l’objet. D’une part, il n’y a pas trois cas possibles mais quatre. D’autre part, il faudra bien déterminer sémantiquement qu’elle est l’agent et quel est l’instrument, le sujet syntaxique étant à cet égard sans secours. La solution est probablement à trouver au niveau de l’analyse sémique dès lors qu’un élément inanimé autre que le vent, l’eau ou la lumière et la chaleur du soleil n’est pas susceptible d’une action. Peut-être faut-il voir dans ce phénomène une forme de métonymie si bien décrite par Robert Martin (1992, p. 79-81). Peut-être faut-il également se poser la question de savoir si la pierre qui casse la branche agit seule ou si elle est mue par une force invisible.
Les types sémantiques fondamentaux selon Cl. Hagège
On peut observer la parenté entre les cinq voix distinguées par B. Pottier croisées avec les trois statuts et la typologie des énoncés proposée par Cl. Hagège (1982, p. 46) et qui comprend deux grandes catégories sémantiques d’énoncés minimaux : actifs et non actifs, ces derniers comprenant les types sémantiques 1) équatif, 2) attributif, 3) situatif, 4) existentiel, 5) descriptif. Le grand avantage de l’approche de B. Pottier est d’intégrer l’activité dans les voix elles-mêmes sous la forme des statuts évolutif et causatif. Une fois ce point admis, nous n’avons entre ces deux nomenclatures que des différences marginales de frontières, Cl. Hagège méconnaissant le subjectif, alors que pour B. Pottier l’attributif et le descriptif relèvent de la même catégorie dont on a vu qu’elle se subdivisait en trois sous-catégories.
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Lien avec Sémantique Générale
On peut mettre également en relation le chapitre X de TAL « Voix et prédication » et le chapitre VIII de Sémantique Générale « L’événement » ou B. Pottier, s’inspirant des représentations catastrophiques de René Thom, présentent les cinq aires événementielles :
L’aire existentielle
Une entité existe dans l’espace et dans le temps.
L’aire a
Une propriété peut lui être affectée (« Jean/être grand »). Une activité peut émaner d’elle (« Jean/marcher).
L’aire l
L’entité peut également entrer en relation avec le monde objectif, c’est la localisation (« Jean est dans le jardin »).
L’aire b
L’entité peut faire montre d’activité. Les activités issues de la base sont regroupées dans l’aire de l’activité m.
L’aire m
Si l’entité entre en relation avec le monde subjectif («Jean regarde la télévision »), c’est le domaine de la cognitivité (sensations, intellection, modalisation).
La rosace des possibles positionnels
D’où cinq aires événementielles données par le schéma suivant :

Le quart nord-ouest est endocentrique (les deux flèches vont dans le même sens). C'est le domaine des PROPRIÉTÉS "α".
Le quart Sud-Est est exocentrique. Il recouvre les ACTIVITÉS "β".
Le quart Nord-Est est mixte, et établit les relations de LOCALISATION "γ".
Le quart Sud-Ouest est mixte, et établit les relations de COGNITIVITÉ "μ".
Ce support sémantique a selon B. Pottier une valeur universelle. Il se situe au niveau noémique ou conceptuel, au-delà de toute langue naturelle. Au-dessous, ce sont les spécificités des LN qui apparaissent et en particulier les voix qui semblent propres à chaque langue ou à chaque famille de langues.
Deux grandes caractéristiques sont à souligner.
D’abord, l’affinité de cette représentation avec les voix qui relèvent du niveau linguistique est évidente, même si le découpage ne correspond pas exactement. L’aire a comprend les lexèmes de la voix descriptive 1 et 3, ainsi que l’équatif. L’aire l recouvre les situatifs spatiaux, temporel et notionnel. L’aire m correspond à la voix subjective. L’aire b enfin correspond à la voix descriptive 2 et à tous les cas de causatif.
Ensuite, les limites entre ces grandes classes sont des limites floues. Dans une situation concrète de communication, chaque aire peut interférer avec une autre, b avec l (« untel porte la lampe sur la table »), b avec a (« le peintre blanchit le mur »), avec $ ou avec m (« untel me fait penser à ...). En cela la représentation en rosace des possibles est particulièrement appropriée.
Enfin, la correspondance entre aires événementielles, qui relèvent du niveau conceptuel, et voix qui relèvent du niveau linguistique, montre le caractère contingent des représentations linguistiques.
Prenons un premier exemple. « J’ai faim » et « je suis affamé » relève de l’aire a, le premier se rattachant à la voix descriptive DES3, tandis que le second à la voix descriptive DES1. Il s’agit d’un pur hasard de la langue, car en anglais « j’ai faim » se dit « I am hungry » qui serait de la voix DES1. De même « il mesure 200 mètres » ou « il fait 200 mètres de long » (DES2) se dit en anglais « It is 200 meter long » (DES1), etc.
Second exemple : l’affinité entre le situatif notionnel et l’adjectif qui relève de la voix DES1. « je suis en colère » est un situatif notionnel du seul fait que la langue française ne possède pas d’adjectif pour exprimer l’état de colère momentané, alors qu’elle en possède deux pour exprimer la propension permanente à se mettre en colère : « coléreux » et « colérique ». En espagnol, la distinction entre l’état momentané et l’état naturel et permanent ne sera pas opérée au niveau de l’adjectif, mais à celui de l’auxiliaire, qui sera « estar » dans le premier cas, et « ser » dans le second.
Troisième exemple proposé par B. Pottier (les deux premiers étant de nous), qui illustre le passage de a à l au sein du français : « être embarrassé » (a) est sensiblement équivalent à « être dans l’embarras » (l). De même que « ne plus être réservé » et « sortir de sa réserve ».
Quatrième exemple de classification d’une grande finesse, mais dont l’exploitation en traitement automatique peut soulever des difficultés : la distinction entre la possession impliquée (« j’ai peur, j’ai faim, il a vingt ans, il a deux jambes »), qui exprime une relation attributive avec une forte porosité entre DES1, DES2 et DES3, relève de a et la possession non impliquée qui équivaut à un constat de savoir (« j’ai une voiture ») et qui relève de m.
Quatre conclusions doivent être tirées immédiatement de ces observations.
1) L’énonciateur dispose d’une multiplicité de choix prédicatifs pour exprimer à peu près la même chose, moyennant des nuances marginales qu’il faut le cas échéant être en mesure d’analyser. Ex. :
a = la vache est un herbivore (a et EQU-STA)
b = la vache est herbivore (a et DES1-STA)
c = la vache est mangeuse d’herbe (a et DES1-STA)
d = la vache mange de l’herbe (g et DES2-CAU)
e = la vache mange de l’herbe, dit-on (g et DES2-CAU + modalisation)
f = (regarde!), la vache mange de l’herbe (l et DES2-CAU + modalisation)
Heureusement, le langage normatif ne s’embarrasse pas de toutes ces nuances que l’on retrouve au contraire dans le langage parlé ou dans le langage littéraire, théâtrale ou poétique.
2) Si les voix peuvent se retrouver sans trop de variations d’une langue à une autre, en revanche la répartition des expressions entre les voix peut apparaître assez souvent, comme nous l’avons vu, contingente et étroitement liée à une langue particulière. Par conséquent, la théorie des voix se situe clairement au niveau linguistique et non au niveau conceptuel, à la différence de la rosace des possibles qui se situe au niveau noémique. L’important est, à partir d’une analyse linguistique, de pouvoir atteindre le niveau conceptuel. Si les traits purement linguistiques peuvent être mémorisés, on doit être en mesure de retrouver à peu près le texte initial dans la langue d’origine. Si l’on ne retient que les traits de niveau conceptuel, on doit en principe disposer d’un champ de solutions parasynonymiques plus étendu.
3) La détermination de la voix dépend d’éléments syntaxiques et sémantiques variés au sein de l’énoncé. Pour l’existentiel, il s’agira de la présence d’un présentateur tel que « c’est », « il y a », « il était une fois », etc., pour le descriptif cet élément sera l’adjectif combiné avec l’auxiliaire être, un substantif spécifique combiné avec l’auxiliaire avoir...
4) Dans la détermination de la voix d’un énoncé, l’analyse sémique va jouer un rôle prépondérant.
En effet, s’agissant des verbes, la présente de sèmes d’identification de la voix permettra de les classer aisément et d’établir la voix caractéristique de l’énoncé. Le verbe « insérer » comporte un sème générique inhérent S qui le positionne comme situatif et que son complément indirect permettra de situer dans le domaine sémantique spatial, temporel ou notionnel. Plus subtilement, la distinction que l’on doit opérer entre la possession impliquée et la possession non impliquée trouve sa solution au plan sémique. Dans « il a peur », la peur résultant d’une activité psychique du sujet en réaction à son environnement, l’emploi du mot « peur » dans le prédicat devrait impliquer la voix subjective. Or, dans TAL, « il a peur » est classé DES3, en tant qu’exprimant une sensation, ce qui n’empêche pas B. Pottier de considérer le domaine des sens, de la perception comme un des trois domaines sémantiques de la voix subjective. Nous avons du mal à ne pas trouver une incohérence dans cette classification, d’autant que la possession non impliquée (« j’ai une voiture ») est classée DES3 dans TAL, alors qu’elle constitue le point d’entrée de l’aire événementielle m de la cognitivité, dans la mesure où elle exprime un savoir relationnel, un « constat de savoir ». Nous serions tentés de proposer d’en rester, s’agissant de la possession externe, à l’interprétation de TAL, et donc de mettre ce cas en DES3, mais par contre de reclasser la possession interne dans la voix subjective et dans l’aire m lorsqu’elle exprime une activité psychique, ce qui est le cas des expressions telles que « avoir peur », « avoir faim », « avoir chaud », etc. Lorsque la possession interne (partie du corps, parenté,...) exprime un fait objectif (« il a deux jambes », « il a vingt ans »,...), le classement dans la voix descriptive se justifie complètement. Ce reclassement permet d’assurer une transition convenable entre les voix et les aires événementielles étant observé que :
- l’aire a englobe l’équatif et le descriptif statifs
- l’aire b correspond à l’équatif et au descriptif évolutif et à tous les causatifs
- l’aire g correspond au situatif
- l’aire m correspond au subjectif.
- enfin l’existentiel de la rosace des possibles s’identifie à la voix existentielle.
Il nous paraît que la voix s’intègre idéalement à la notion de domaine telle qu’elle est employée par F. Rastier dans la définition de la structure des sèmes génériques composant le classème d’un sémème. Seulement, nous sommes bien obligés d’admettre dans ce cas que le domaine se définit par au moins deux sèmes correspondant respectivement à la voix et au statut.
Pratiquement, quel usage envisageons-nous de faire de cette classification ?
La première application consistera à déterminer la voix de chaque énoncé.
Connaissant le sémème de chaque lexème, nous allons « calculer » le sémème de chaque groupe, puis de chaque syntagme. La combinaison des sémèmes du SV et du SN ou SA associés doit nous permettre de déterminer la voix. Ainsi, dans « avoir faim », l’auxiliaire avoir pouvant se trouver aussi bien en DES qu’en SUB, l’appartenance de « faim » à SUB permet de sélectionner la voix SUB.
Plutôt que de déterminer par avance les règles de calcul qui président à la sélection des sèmes, à leur activation ou à leur neutralisation, nous préférons procéder de façon empirique et traiter suffisamment d’exemples pour mesurer les difficultés rencontrées et déduire de l’analyse les régularités qui pourront ensuite être reproduites de façon systématique.
En second lieu, dans la représentation que nous allons donner de chaque énoncé sous forme de graphe conceptuel, au lieu d’utiliser comme support de la relation directement le verbe, ou le substantif, lorsque celui-ci désigne une relation et non une entité, ainsi que cela est généralement pratiqué, nous allons utiliser l’une des cinq voix valant classes sémantiques fondamentales de relation, dont le verbe ou le substantif constitueront une occurrence particulière entièrement définie par son sémème.
Sachant que chaque lexème dispose de son module casuel, cette manière de représenter les énoncés est la seule qui permette réellement, lors de la génération ou phase onomasiologique, de générer différentes variantes d’un même graphe ou schème conceptuel en relations mutuelles de paraphrase.
Ainsi l’énoncé : « l’éducation est la première priorité nationale » prendra la forme :

Il va de soi que la relation peut être caractérisée par d’autres traits :
- traits logiques : réflexivité, symétrie, transitivité. Nous espérons pouvoir exploiter ces caractéristiques. En effet, comme le souligne G. Sabah (1990, p. 90), « l’intelligence artificielle est principalement intéressée par une représentation de la phrase à partir de laquelle des raisonnements portant essentiellement sur le sens pourront être menés ». La caractérisation des relations portées par les verbes ou les substantifs représentatifs de relations, permettent de construire des raisonnements.
- le temps et l’aspect, catégories bien connues en syntaxe.

En base de données :

Mais ils permettent de représenter des énoncés complexes. Soit la suite du texte :
« Afin de lui permettre de développer sa personnalité, d’élever son niveau de formation initiale et continue, de s’insérer dans la vie sociale et professionnelle, d’exercer sa citoyenneté. »

En base de données :

En base de données :





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Enoncé simple et énoncé complexe - la question de la coordination
Nous posons ici la question de la légitimité de la distinction entre énoncé simple et énoncé complexe.
Si l'on reprend, en effet, la définition selon laquelle l'énoncé complexe est une séquence d'énoncés simples coordonnés, la question centrale est celle de la coordination.
Il nous paraît que la légitimité existe à la condition expresse qu'il soit possible de recomposer l'énoncé complexe à partir des énoncés simples. Or, nous avons vu que les énoncés simples ne peuvent être recomposés à partir des schèmes d'entendement élémentaires que si l'on garde trace des relations qui les unissent au sein du modèle actanciel. Autrement dit, ce qui fait l'unité de l'énoncé simple, c'est le modèle actanciel sous-jacent, que l'on retrouve dans le modèle syntaxique. Ce qui fait l'unité des énoncés complexes, ce sont les coordinations entre les énoncés simples qui les composent. Nous verrons que, contrairement à l’exemple étudié, il n’est pas toujours possible de recomposer les coordinations entre énoncés simples, le type de coordination ne pouvant se présumer sans une mémorisation préalable. C’est au niveau sémantique que les coordinations devront être traitées. Ce qui implique la nécessité de construire des modèles actanciels adaptés à la structure des énoncés complexes.
Cette constatation a une conséquence essentielle concernant le problème de la multiplicité des variantes possibles d'un même texte. En effet, il résulte de ce qui précède que les possibilités de variantes existent sans perte de sens significative à l'intérieur des énoncées simples, en agissant sur le modèle actanciel et notamment en faisant varier le niveau d'intégration des composants (cf. p. 195). Ces possibilités existent également à l'intérieur des énoncés complexes au niveau des coordinations.
Observons dès maintenant qu'au-delà de l'énoncé complexe, les coordinations existent au sein des énoncés simples et également entre énoncés complexes. Du fait de l'existence de ces coordinations entre énoncés complexes, moins explicites que les coordinations internes, il est clair qu'il existe une certaine porosité entre les énoncés complexes et le reste du texte avec lequel ils entretiennent des connexions logiques. Ce point, qui ouvre de nombreuses possibilités de variations sémantico-syntaxiques autour d'un même modèle conceptuel, serait à développer.
Les sémèmes permettent de raisonner
Une des utilités de l’analyse sémique est de permettre la génération automatique de taxinomies dans lesquelles les lexèmes sont ordonnés en hyperonymes et hyponymes.
Par définition, un hyperonyme possède un sémème qui est un sous-ensemble du sémème de son ou de ses hyponymes. Sémantiquement, l’hyponyme est lié à son hyperonyme par une relation « sorte de... », relation transitive.
L’analyse sémique permet de construire des raisonnements simples et de répondre à des questions sur un texte ou un domaine de connaissance pour lequel aura été constitué un dictionnaire sémique ou base de connaissances sémantique.
Si, par exemple, nous définissons une université comme étant un établissement public, nous pouvons en inférer qu’une université possède la personnalité morale du fait que :
- l’établissement public est une personne morale de droit public
- le fait d’être une personne morale entraîne que l’on possède la qualité de personne morale.
Ceci se déduit sans difficulté de l’analyse sémique.
La question étant « une université est-elle une personnalité morale ? », la réponse à cette question est subordonnée à la réalisation de trois conditions :
- si la base de connaissance sémantique a été construite de façon à contenir non seulement le sémème d’établissement public, mais aussi son ensemble de définition, dont nous donnons un aperçu ci-après, cette base de connaissance comporte toutes les informations permettant de répondre à la question ;
- il convient de disposer d’un algorithme de recherche adéquat
- le système doit être en mesure de comprendre le sens de la question ? Cet aspect est d'une grande importance, mais, bien que lié à notre recherche, il n’en constitue pas l’élément principal.

S’agissant de l’algorithme de recherche, pour arriver à faire le lien entre personne morale et université, le système doit d’abord rechercher dans le texte si celui-ci contient la réponse. À cet égard, l’analyse de la question montre que nous sommes au regard de la théorie des voix (cf. p. 276) en présence d’un équatif et donc nous pouvons poser sur la base de données un filtre qui ne sélectionne que les relations de type équatif. Ainsi, il est inutile de traiter une relation qui dirait que l’université est habilitée à délivrer des diplômes, qui est une relation de type descriptif. En cas d’échec, il convient d’interroger les taxinomies en partant soit de « personne » pour arriver à université, soit d’université pour arriver à « personne morale ».
Selon le premier cheminement, il faut d’abord naviguer dans la base de connaissance en parcourant tous les nœuds de l’arborescence de l’ensemble de définition contenant « personne morale » dans le sens descendant, jusqu’à trouver « université ».
L’autre cheminement possible est de partir d’« université », et d’interroger la base de connaissance sémantique et de parcourir l’arbre dans le sens ascendant jusqu’à trouver "personne morale".
Il est plus facile d’interroger la taxinomie à partir de « personne morale » qu’à partir d’« université » parce qu’« université » peut appartenir à plusieurs taxinomies. Par exemple, université peut appartenir aussi bien à la taxinomie qui détaille toutes les formes de personnalité juridique, qu’à la taxinomie qui classe les différents types d’établissements d’enseignement, non pas en raison de leur statut juridique, mais en raison de leur fonction pédagogique. Donc, il convient de conduire la recherche de préférence à partir de l’hyperonyme et non de l’hyponyme.
Donc, nous pensons que le fait d’identifier dans la question un certain type de relation est un élément de compréhension de la question essentielle pour conduire ensuite la recherche avec efficacité.
On notera toutefois que si la question est libellée « L’université a-t-elle la personnalité morale », il ne s’agit pas d’une relation équative, mais d’une relation descriptive de la seconde forme, et qu’il n’est pas possible de rattacher directement cette formulation à une relation du texte qui dirait « l’université est un établissement public ». Il faudrait que le texte dise « l’université a la qualité d’un établissement public » pour que l’algorithme que nous venons de décrire soit opératoire. Il est donc nécessaire dans cet exemple d’opérer sur le libellé initial de la question une transformation dans la voix équative. Et comme on ne sait jamais à l’avance la variante utilisée dans le texte, il sera toujours nécessaire, en cas d'échec de la première recherche, de reformuler la question.
Cet exemple peut être analysé autrement. L’expression « avoir la qualité de » peut être interprétée comme caractéristique d’un équatif et non d’un descriptif. Auquel cas, la reformulation qui doit être appliquée consiste à rechercher les synonymies au sein des relations caractéristiques d’une voix donnée. Dans notre exemple où nous avons le module « SN être SN », la synonymie (relative) entre « être » et « avoir la qualité de » dans ce contexte est facile à établir. Quoi qu’il en soit, pour que la recherche soit une recherche intelligente, il est nécessaire de prévoir d’opérer sur le texte même de la question différentes transformations en cas d’échec de la recherche directe. Et il est évident que le nombre de transformations possibles s'accroît avec la longueur de la question de manière exponentielle. Les transformations pourront porter sur différentes visions au sein du module, mais aussi sur la synonymie et les variantes paraphrastiques éventuelles. Il s’agit d’une combinatoire redoutable qui ne nous intéresse pas directement ici mais qui constitue une des difficultés majeures du traitement en langue naturelle ici envisagé.
Nous venons de voir un exemple dans lequel la recherche doit parcourir le taxème dans le sens ascendant ou dans le sens descendant et où la réponse dépend de la découverte sur ce parcours d’un terme existant dans le texte.
Mais nous pouvons imaginer que le terme de la question et le terme de la réponse se trouvent dans l’ensemble de définition, mais sur des branches différentes de cet ensemble. Imaginons que la question soit « l’université est-elle une association ? ». L’association est une personne morale, mais une personne morale de droit privé. La réponse pourrait être simplement « non, l’université n’est pas une association », ce qui traduirait l'échec de la recherche. Mais si le programme constate qu’« établissement public » fait partie du même ensemble de définition, mais qu’ils diffèrent au moins par les sèmes « public » et « privé », la réponse pourrait être « non, l’université est un établissement public ».
Il convient de souligner ici un aspect très important découlant de l’analyse sémique et de la notion d’ensemble de définition ou taxème. L’appartenance au même ensemble de définition permet de répondre « non, l’université est un établissement public », mais interdirait de répondre « non, l’université est une institution de formation », parce qu’« institution de formation » ne fait pas partie du même ensemble de définition qu’« association ».
On notera toutefois que la structure sémantique que l’on peut extraire de l’analyse des sémèmes fait apparaître des relations diverses qu’il convient d’identifier.
À la base, les éléments d’une même taxinomie sont unis par une relation « sorte de », « est un », « est une espèce de », etc., ce qui est le cas de « personne », qui en droit peut se décomposer en « personne physique » et « personne morale », « personne morale » pouvant se décomposer en « personne morale de droit public » et « personne morale de droit privé », etc. (voir schéma).
Toutefois, si l’on prend « personnalité », on ne pourra dire que « personnalité » appartient à la catégorie de « personne ». Selon des règles qui s’enseignent aujourd’hui à l’école primaire, « personnalité » s’obtient par dérivation de « personne » par l’ajout d’un suffixe porteur d’un sème « ité » qui veut dire « qui a la qualité de ».
Autrement dit, à partir d’un taxème donné, on devra construire un arbre comprenant non seulement les sous-catégories du lexème racine, mais aussi les différents lexèmes construits par dérivation ou par composition (« reconstruire qui s’obtient par composition à partir de « construire »).
Également, il convient d’inclure dans la même démarche les verbes ou les notions contraires, ceux que Gérard Sabah (opus cit. p. 95) appelle les verbes converses qui forment des couples tels que : vendre-acheter, apprendre-enseigner, construire-démolir, etc. Ces cas dont l’analyse peut être systématisée relèvent tous des modèles sémantiques fondamentaux évoqués plus haut.
Allons plus loin. Si le taxème comporte dans son sémème la notion d’un ensemble composé d’éléments, on devra en déduire de l’appartenance à cet ensemble un certain nombre de caractéristiques héritées de l’ensemble de niveau supérieur. Prenons par exemple le taxème « nation », la « nationalité » qui est une qualité attachée à « nation » se reporte sur chacun des éléments composants cette nation. Ainsi, un citoyen de la nation française possède la « nationalité française ». Il s'agit d'une forme d'héritage distincte de l'héritage découlant de la relation "sorte de …".
Il est bien évident que, compte tenu de ce qui vient d’être dit, les cas de synonymie, mais aussi de paraphrase, sont susceptibles d’être traités au travers de l’analyse sémique. Quand on lit « le service public de l’éducation contribue à l’égalité des chances », et si l’on pose la question « le service public favorise-t-il l’égalité des chances ? », la forte ressemblance au niveau du sémème entre « contribuer à » et « favoriser », doit conduire à une réponse intelligente, c’est-à-dire positive.
La question évidemment délicate à laquelle nous souhaitons pouvoir répondre est de savoir à partir de quel moment ou jusqu’à quel point on peut considérer que deux lexèmes sont synonymes ou quasi synonymes, les sèmes qui les distinguent éventuellement pouvant être négligés.
Nous nous plaçons ici dans une perspective uniquement sémasiologique orientée vers l’interprétation des questions posées et non dans une perspective onomasiologique orientée vers la production d’énoncés en relations mutuelles de paraphrase. La production d’énoncés obéit à une combinatoire rapidement incontrôlable. Cependant, nous ne voyons pas d’autres moyens de générer des énoncés voulant dire à peu près la même chose que de partir d’ensembles de sèmes tels que si je veux signifier « qui mange des végétaux », j’ai le choix entre « qui mange des végétaux » et « herbivore ». On doit en effet partir de ce que l’on veut dire pour, à la suite de différents choix sémantiques puis syntaxiques, produire l’énoncé final. Il s’agit ici d’une perspective qui sort du champ immédiat de notre recherche, mais il nous apparaît que seul l’analyse sémique permet de progresser dans cette direction.
Les précédentes remarques suggèrent l’idée que l’analyse sémique est susceptible de jouer un rôle de reconnaissance du sens, par analogie avec la notion de reconnaissance des formes. Des syntagmes, dont on a vu qu’ils pouvaient par l’effet des transferts de catégorie recouvrir des ensembles complexes, sont ainsi reconnaissables à leur sémème. Il faut par exemple que deux énoncés syntaxiquement différents comme « j’entends hurler le vent » et « j’entends le vent hurler » puissent être interprétés comme des énoncés proches sinon identiques, ne serait-ce que parce que l’inversion entre « hurler » et « le vent » induit une différence de pondération sémantiquement significative mais que l’on peut vouloir négliger pour éviter de les considérer comme des énoncés radicalement différents.
Une hypothèse qui pourrait être étudiée et qui dépasse également le champ de cette étude, serait d’utiliser l’analyse sémique à des fins d’indexation.
Dans une recherche bibliographique, au lieu de procéder par mots-clés, liés à toute une série de synonymes ou de mots apparentés, on devrait pouvoir produire le ou les sémèmes composant l’interrogation et rechercher dans le texte des sémèmes identiques ou voisins.
Cette démarche devrait être comparée aux recherches actuelles qui, voulant dépasser le stade quelque peu limité des mots-clés, et dans le but de mieux cibler les recherches, partent de relations syntaxiques incluses dans la question posée et recherche dans le texte indexé des relations similaires (cf. Annie Coret, Bruno Menon, Danièle Schibler, Christophe Terrasse, 1994 ; Anne-Marie Guimier-Sorbets, 1993).
On peut aussi se demander si les traits logiques qui caractérisent certaines relations, et à ce titre, ont a priori leur place parmi les sèmes, ne permettent pas de construire d’authentiques raisonnements.
Les exemples que nous avons utilisés jusqu’ici reposaient sur une relation logiquement transitive (à différencier de la transitivité au sens syntaxique ») dans la mesure où si l’on pose que si l’université est un établissement public et que si l’établissement public est une personne morale de droit public, on peut en déduire que l’université est une personne morale de droit public.
Des opérations logiques sont également possibles par utilisation d’autres traits logiques des relations.
Prenons par exemple la relation « être marié à ». Cette relation est symétrique parce que si Pierre est marié à Jeanne, Jeanne est mariée à Pierre. Mais la relation « être l’épouse de » est antisymétrique, sans qu’il y ait besoin de le démontrer. Mais dans la mesure où la relation « être l’épouse de » implique la relation « être marié à » ou « être le conjoint de », de la même manière qu’« épouse » a pour hyperonyme « conjoint » ou « marié », mais comporte en outre le sème « féminin », on peut en inférer que si Jeanne est mariée à Pierre et que comme Jeanne est une femme, alors Jeanne est l’épouse de Pierre. Ceci dans un contexte où l’on a le droit de poser comme règle de gestion que la polygamie n’étant pas admise, Jeanne est bien l’épouse de Pierre et non une épouse de Pierre. On voit dans cet exemple intervenir des règles implicites dans l’énonciation, mais nécessairement explicites dans tout traitement, tandis que la déduction que Jeanne est l’épouse de Pierre se déduit directement des sémèmes.
Le fait que la relation « être marié à » soit symétrique rend impossible la double affirmation « Jean est marié à Jeanne » et « Jeanne est marié à Paul ».
Le fait que la relation « être marié à » soit intransitive interdirait a fortiori de déduire de ces deux propositions que Jean est marié à Paul. (Brian Bowen et Pavel Kocura, 1993)
Dans tous les cas qui précèdent, nous avons fait appel aux taxinomies associées soit aux substantifs en relations mutuelles d’équivalence, soit aux relations elles-mêmes.
Mais l’utilisation des taxinomies n’est pas toujours possible. Si la question est « les universités sont-elles habilitées à délivrer les diplômes ? », aucune taxinomie qui reposerait sur une relation de base « sorte de... », ne peut contenir la réponse. La seule ressource est d’interroger l’ensemble des relations contenues dans le texte ayant pour base « université ». Nous utiliserons néanmoins un filtre, la question étant fondée sur une relation descriptive. Seules les relations descriptives devront donc être examinées.
Nous pensons donc que l’analyse sémique donne les moyens d’élaborer des raisonnements et nous regrettons de n’être pas en mesure de pousser plus loin dans cette voie car nous sortirions du champ plus restreint de notre recherche.
Toutefois, par un dernier exemple, il peut être utile de montrer les limites du traitement logique lui-même.
Dans une étude très profonde, déjà évoquée (cf.137), Paul Amselek (1992) dans le but d’illustrer les limites de la logique déontique, donne l’exemple de la règle suivante : « il est interdit de marcher sur les pelouses ». Si l’on considère que ce qui n’est pas interdit est autorisé, un traitement purement logique permettrait d’affirmer qu’il est autorisé de faire de la moto sur les pelouses.
Or, si les règlements dans les jardins publics ne posent que cette règle simple, c’est parce que précisément elle est simple, courte et directement compréhensible par nos concitoyens qui, devant cette interdiction, n’auraient pas l’idée, sauf par malveillance ou pour défier les règlements, de faire de la moto sur les pelouses.
En fait, il faut comprendre que cette réglementation a un but de protection de la pelouse qui est un objet fragile susceptible de détérioration. Alors que « marcher » sur un trottoir n’implique aucune idée de détérioration, « marcher sur une pelouse » peut impliquer une telle idée, sans que l’on puisse toujours l’affirmer, toute pelouse n’étant ni nécessairement fragile, ni nécessairement protégée. Mais si une pelouse fait ainsi l’objet d’une mesure de protection, toute activité plus néfaste que le simple fait de marcher sur la pelouse doit logiquement être également interdite sans qu’il soit nécessaire de l’écrire. Qui interdit le moins, interdit également le plus.
Autrement dit, si la logique déontique a tort, ce n’est pas parce que la logique est intrinsèquement incapable de résoudre un tel cas, mais parce que la règle logique que l’on voudrait y appliquer n’est pas la bonne. Dès lors, la question devient de savoir comment déterminer la bonne règle.
En fait, l’interdiction en droit est généralement associée à une idée de nuisance à autrui, de nuisance à un bien fragile et protégé ou de danger. Dans ces hypothèses, interdire le moins, implique que le plus est également interdit. La règle selon laquelle tout ce qui n’est pas interdit est autorisé demeure dans tous les cas où la règle précédente ne s’applique pas. La question devient de savoir comment déterminer le plus par rapport au moins. Comment faire, sémantiquement parlant, pour comprendre qu’il est au moins aussi nuisible pour la pelouse d’y faire de la moto que de la piétiner. Il est bien clair que l’analyse sémique en contexte nous donne la réponse, mais il faut convenir que cette analyse échappe à toute possibilité d’automatisation, à moins d’introduire dans le sémantème de moto le sème « détériore les sols fragiles », et dans le sémantème de « pelouse » le sème « sol fragile ». Dans ce cas, l’interpréteur devrait établir le lien et, appliquant la règle précédente, donner une réponse satisfaisante. Mais, il n’y a aucune raison de ne pas étendre cette démarche à tous les cas les plus farfelus qui pourraient se présenter. Ainsi, il ne devrait pas non plus être possible de faire du vélo sur les pelouses, de la patinette, de la voiture à pédales, voire d’y déposer des objets lourds et encombrants. Malgré la difficulté de prévoir toutes les situations possibles, notons toutefois que c’est précisément la difficulté à laquelle se trouve confrontée toute autorité investie d’un pouvoir de réglementation. Par ailleurs, le raisonnement que nous venons d’amorcer est précisément celui que tout juge est conduit à faire devant une situation de ce type : d’abord apprécier les faits (le caractère de nuisance ou non de l’acte ou de l’activité incriminée) et ensuite déterminer la règle applicable.
Justement, peut-on envisager de conférer à un programme intelligent une capacité d’appréciation des faits égale à celle d’un juge. On peut en douter.
Cette discussion nous paraissait utile bien qu’elle se situe aux marges de notre recherche aux objectifs beaucoup plus modestes.
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- Catégorie parente: La théorie des voix ou sémantique des relations
Nécessité d’une codification de l’écriture sémique
Si l’on souhaite procéder à des traitements automatisés sur des structures sémiques, il est indispensable de codifier cette écriture de façon à :
- distinguer les sèmes génériques et les sèmes spécifiques
- distinguer les différentes catégories de sèmes génériques
- intégrer des relations entre sèmes : relations logiques (et : &, ou inclusif : v, ou exclusif : w, négatif : Ø) ou relations non logiques (prédicats)
- intégrer des sèmes extensibles en sémèmes ou des sémèmes réductibles à des sèmes.
- pouvoir comparer les sémèmes entre eux par référence aux modèles sémantiques fondamentaux. Par exemple, comment comparer « construire » et « démolir » si ce n’est par un signe logique signifiant « contraire de » ou « non », soit le signe normalisé « Ø». Comment traduire le positionnement dans la sinusoïde (cf. TAL p. 42) « passion », « amour », « désintérêt », « indifférence », « antipathie », « répulsion », « haine », « indifférence », « sympathie », « affection », « amour », « passion ». Faut-il retenir une échelle dans l’intensité ou faut-il classer chaque lexème, sur la base du sème « intensité » les uns par rapport aux autres immédiatement supérieur ou inférieur. Quoi qu’il en soit, le traitement automatique postule ce type de notation. Autant de question auxquelles nous proposons d’apporter les réponses provisoires suivantes :
- les sèmes génériques seront écrits en majuscule
- les sèmes génériques sont classés dans l’ordre : dimension, domaine (s), taxème (s)
- les sèmes spécifiques seront écrits en minuscule
- les sèmes spécifiques sont classés par ordre alphabétique
- les sèmes afférents seront suivis d’une double parenthèse
- les sèmes associés à une notion de quantification comporteront un argument précédé de « : ».
Le modèle binaire discontinu ne comporte pas de quantification à proprement parler puisqu’il ne comporte qu’une alternative : « être » ou « ne pas être ». Dès lors qu’est déterminé le terme de référence, son contraire est défini par la négation, cette négation n’ayant une traduction au niveau du sémantème que dans le cas où le contraire est léxèmisé.
Le modèle binaire continu comporte une continuité sémantique d’intention (TAL p. 36). Dans le cas par exemple de l’axe de probabilité allant d’« exclu » à « certain » :

Chaque sémème se distingue des autres par son « intensité d’assertion » avec deux pôles extrêmes et deux positions intermédiaires. Le pôle « exclu », « impossible », devrait avoir une intensité 0, le pôle « certain », « nécessaire » une intensité ¥. Par souci de simplification, l’essentiel étant d’indiquer une différence et non une quantification exacte, nous proposons de retenir comme pôle extrême 0 et 1. Les termes médians se voyant affecté un indice qui pourrait être 0,25 pour « possible » et « contingent » et 0,75 pour probable.
On écrira donc :
« exclu » : PROBABILITE, intensité : 0
« possible : PROBABILITE, intensité : 0,25
Le modèle ternaire continu ne pose pas de problème de quantification, car il se définit par une troisième terme qui englobe les deux pôles extrêmes. Il semble concerner principalement le système de repérage spatio-temporel et comporte trois visions fondamentales : vision prospective (avant, à, dessous, devant, jusqu’à), vision rétrospective (après, de, dessus, derrière, depuis) et vision coïncidente (à la fois avant et après (pendant, en,), devant et derrière (entre, dans), au-dessous et au-dessus (sur).
Le modèle ternaire discontinu dans lequel le troisième est différent des deux autres ne comporte pas non plus de quantification : « ici », « là », « ailleurs »; « temporel », « spatial », « notionnel »,etc.
Le modèle cyclique par définition continu est dérivé par itération du modèle binaire continu :


Dans cette variante à polarisation à une période, répétable, il devient nécessaire d’indiquer une orientation :
Rapetisser : TAILLE, intensité : 0,5, orientation : négative
Grandir : TAILLE, intensité : 0,5, orientation : positive
Être grand : TAILLE, intensité : 1, orientation : neutre
Être petit : TAILLE, intensité : 0, orientation : neutre

Interdit : DEVOIR, intensité : 0, orientation : neutre
Toléré : DEVOIR, intensité : 0,1, orientation : positive
Autorisé : DEVOIR, intensité : 0,3, orientation : positive
Libre : DEVOIR, intensité : 0,5, orientation : positive
Conseillé : DEVOIR, intensité : 0,6, orientation : positive
Recommandé : DEVOIR, intensité : 0,9, orientation : positive
Obligatoire : DEVOIR, intensité : 1, orientation : neutre
Facultatif : DEVOIR, intensité : 0,6, orientation : négative
Permis : DEVOIR, intensité : 0,5, orientation : négative
Déconseillé : DEVOIR, intensité : 0,3, orientation : négative
Interdit : DEVOIR, intensité : 0, orientation : neutre

Dans le modèle cyclique à polarisation ordonnée (sans retour au même), dont la réalité offre une très grande variété d’exemple, il convient d’introduire un troisième paramètre : la phase dont le nombre est limité à 2.
Ignorer : SAVOIR, intensité : 0, orientation : neutre, phase : neutre
Apprendre : SAVOIR, intensité : 0,5, orientation : positive, phase : 1
Savoir : SAVOIR, intensité : 1, orientation : neutre, phase : neutre
Oublier : SAVOIR, intensité : 0,5, orientation : négative, phase : 2
Se souvenir, réapprendre : SAVOIR, intensité : 0,5, orientation : positive, phase : 2
- les noèmes n’ont pas à être identifiés, car ils ne se situent pas au niveau linguistique, mais métalinguistique.

