
Analyse
"L'éducation est la première priorité nationale."
Éducation
Définition (PRb) : mise en œuvre de moyens propres à assurer la formation et le développement d'un être humain.
Mots de la même famille : formation, instruction, élever
Sèmes génériques (classème) :
- dimension : humain, immatériel
- domaine : opératif (ou transformatif)
- taxème : acquisition
Sèmes spécifiques (sémantème) : moyens, but, connaissances, aptitudes, comportement
Sémème : humain, immatériel, opératif, moyens, but, connaissances, aptitudes, comportement
Par comparaison :
Formation :
classème : idem
sèmes spécifiques : moyens, but, connaissances, aptitudes
Instruction :
classème : idem
Sèmes spécifiques : moyens, but, connaissances
D'où la représentation suivante du taxème :

On pourra dire que l'instruction est un aspect de la formation, que la formation est elle-même un aspect de l'Éducation, mais en aucun cas que l'instruction est une forme ou une sorte d'éducation. La notion d'"instruction" exprime une restriction de sens par rapport à "formation" et par rapport à "éducation" du fait de l'absence des sèmes "aptitudes" et "comportements". Au cas présent, la restriction de sens résulte de l'absence de sèmes, alors que dans d'autres cas, la restriction résulte de l'addition de sèmes qui spécialise le sémème. Dans le premier cas, on constate que les sémèmes se trouvent au même niveau de l'arborescence, alors que dans le second, les sémèmes se trouvent à des niveaux différents. On pourrait ainsi différencier au sein de la formation deux types : "formation initiale" et "formation continue", ces deux types traduisant une restriction de sens par rapport à "formation" par ajout d'un sème spécifique. Entre "formation initiale" et "formation continue", par contre, il n'y a pas restriction de sens mais différenciation par substitution de sèmes. "Formation initiale" et "formation continue" sont en relation de disjonction exclusive. Il en va de même d’"éducation", "formation" et "instruction", mais pour être bien cohérent avec les définitions de base, nous identifierons les sèmes disparus à des sèmes zéro, la disjonction exclusive s'opérant non seulement du fait de la présence de deux sèmes différents, mais aussi du fait de la présence ou de l'absence d'un sème donné dans deux sémèmes lorsque l'un n'est pas le classème de l'autre ("instruction" n'est pas le classème de "formation").
Par contre, "éducation", "formation" et "instruction" sont des formes d'acquisition immatérielles de l'être humain obtenue de manière consciente impliquant la mise en œuvre de moyens pour un certain but. Ils ont bien un archisémème immédiat commun (relation d'équivalence) et appartiennent donc au même taxème.
Par ailleurs, nous avons un bel exemple de sèmes macrogénériques afférents au sémème 'acquisition' dans les sèmes /immatériel/ et /transformatif/, dont l'actualisation dépend de l'emploi dans le contexte socialement normé //éducation//. Entre 'acquisition' d'un bien quelconque et 'acquisition' par opposition à détermination génétique ('acquis' vs 'inné'), il y a une différence d'acception.

Première
Sèmes génériques :
- dimension : discontinu
- domaine : formulation quantitative comparative
- taxème : supératif
Sèmes spécifiques : exclusif, objectif, subjectif ()
Priorité
Sèmes génériques :
- dimension : discontinu
- domaine : formulation quantitative comparative
- taxème : supératif
Sèmes spécifiques : non exclusif, subjectif
Nationale
Sèmes génériques :
- dimension : humain
- domaine : politique
- taxème : communauté
Sèmes spécifiques : nation, intérêt général, territoire, citoyenneté, État
Pour distinguer le national des niveaux d'administration territoriale (région, département, commune) ou supranational, les concepts discriminants sont /nation/, /citoyenneté/, /État/. Par ailleurs, le national implique l'existence d'un pouvoir d'État s'exerçant sur un territoire en vue de l'intérêt général.
"Le service public de l'éducation est conçu et organisé en fonction des élèves et des étudiants."
Service public de l'éducation
Nous considérons qu'il s'agit d'une lexie (cf. p. 211)
Sèmes génériques :
- dimension : humain
- domaine : éducation
- taxème : service public (d'où les sèmes mésogénériques : /organisation/ et microgénériques : /intérêt général/continuité/égalité/évolutivité)
Sèmes spécifiques : spécificité.
Cette lexie présente un cas intéressant à deux titres.
D'une part, elle est elle-même construite à partir d'une autre lexie composée : "service public" dans laquelle "public" active trois sèmes afférents au contexte du droit public. "Service public" n'est pas assimilable à "service ouvert au public". La juxtaposition de "service" et de "public" a comme effet de conférer au morphème "public" la signification qu'il a en droit public qui comporte une référence obligatoire à la notion d'intérêt général laquelle implique les trois principes de base du service public : égalité, continuité, adaptabilité.
D'autre part, la notion de service public implique celle d'organisation d'une manière beaucoup plus affirmée que dans le cas du sémème ‘éducation’. Dès lors, le sémème ‘service public’ hérite des sèmes du sémème ‘organisation’, soit /moyens /but /permanence /structure /fonction/.
En troisième lieu, le cas est intéressant du point de vue des relations entre domaines et taxèmes. Le taxème //service public// embrasse (est en intersection avec) une grande diversité de domaines : éducation, santé, justice, police,...
Le sème spécifique /spécificité/ assimile "service public de l'éducation" à un nom propre, dans la mesure où, si les manifestations du service public sont multiples, le service lui-même est unique, ce qui induit certaines contraintes syntaxiques (article défini, impossibilité d'une construction sélective).

Conçu (concevoir)
Définition : penser dans un but déterminé (vision prospective)
Sèmes génériques :
- dimension : humain, immatériel
- domaine : activités de l'esprit
- taxème : penser
Sèmes microgénériques : former
Sèmes spécifiques : prospectif () /vs/ rétrospectif (), but ()
Même famille :
Rétrospectif : juger, apprécier, estimer, comprendre, interpréter, analyser, synthétiser, conceptualiser
Prospectif : imaginer, prévoir, envisager, inventer, représenter (se), composer, supposer, présumer, soupçonner, spéculer, conjecturer, échafauder
Neutre : croire, estimer, considérer, douter, calculer, raisonner, réfléchir, méditer, combiner, computer, cogiter, songer
Le nombre de verbes qui décrivent une activité de l'esprit ou une orientation de celle-ci est très élevé et la construction d'une taxinomie complète représente une recherche qui dépasse largement les limites de la présente. Poursuivant cependant notre méthode différentielle, nous devons nous arrêter sur la polysémie qui marque le lexème "concevoir", et chose plus préoccupante, le lexème que nous avons choisi comme taxème. Cette double interrogation doit nous conduire à préciser la notion de domaine.
Le Petit Robert distingue deux familles de sens de "concevoir" : "concevoir" au sens de "concevoir un enfant" ou "former un enfant dans son utérus..", et "concevoir" au sens de "concevoir ou former un concept".
Les deux sémèmes diffèrent par leur dimension ("matériel" dans le premier cas, "immatériel" dans le second) et par leur domaine ("physique" dans le premier, "esprit" dans le second). La présence du sème microgénérique "former" interdit de voir dans les deux sémèmes des homonymes, mais seulement des polysèmes par le sens.
Il faut ajouter qu'entre le physique et l'intellect ou l'esprit (au sens d'activité de l'esprit), se trouve le domaine du sensible (perception, sentiment, émotion), qui justifie l'emploi de "concevoir" dans un sens intermédiaire. Ainsi, "... je conçus pour elle un amour légitime."
Il faut par ailleurs distinguer deux emplois de "concevoir" selon que "concevoir" est employé suivi d'un substantif comme complément ou d'une phrase subordonnée. Dans "Il conçoit un nouveau style", "concevoir" comporte un sème prospectif. Il est employé dans un sens proche de "créer", "composer", "imaginer", "inventer". Dans, "Je conçois que cet ouvrage vous a donné beaucoup de travail", la vision est au contraire rétrospective, et porte sur une situation ou un objet préexistant. Cette acception est synonyme de "comprendre", et proche de "admettre". Le sème "prospectif /vs/ rétrospectif" apparaît ici localement afférent, et fonde une polysémie d'emploi.
Au regard de cette courte analyse, le fait de retenir la notion d'esprit comme déterminant un domaine sémantique paraît un choix correct.
Regardons néanmoins les polysémies du verbe "penser" que nous avons retenu comme taxème. Voici trois exemples :
(1) "Pense à prendre du pain en rentrant de ton travail" : vision prospective
(2) "Elle pense à son fiancé sous les drapeaux" : vision rétrospective
(3) "Que pensez-vous de cette idée ?" : vision constative
(4) "Il a pensé son roman en une semaine" : vision prospective
(5) "Je pense la situation critique" : vision constative (appréciation)
(6) "Je pense qu'il se trompe" : vision constative (appréciation)
(7) "Je pense qu'il ne viendra pas" : vision prospective (appréciation)
(8) "Je pense qu'il s'était trompé" : vision rétrospective (appréciation)
Chacun de ces exemples met l'accent sur un aspect de l'activité cérébrale traduite généralement par le verbe "penser", et, ce qui est intéressant, chacun de ces emplois est assorti d'un module casuel différent.
Pour (1), nous avons "penser à faire qlqch", équivalent de "ne pas oublier".
Pour (2), nous avons "penser à qlqn ou qlqch", équivalent à "se souvenir", "songer".
Pour (3), nous avons "penser qlqch de qlqn ou qlqch", équivalent de "juger", "estimer", "considérer".
Pour (4), nous avons "penser qlqch", équivalent à "concevoir".
Pour (5), (6), (7) et (8) nous avons une formulation modale avec une vision qui, selon le temps employé dans la phrase subordonnée (le propos), sera une appréciation sur le présent (constative), le futur (prospective) ou le passé (rétrospective).
(5) et (6) sont équivalents, (5) résultant d'une nominalisation de "que la situation est critique". Ce cas peut être différencié de (4) du fait de la présence de l'attribut "critique" du complément d'objet "la situation". Il faut toutefois prendre garde à la possibilité de la présence d'un sème prospectif dans l'attribut qui justifiera une équivalence avec le propos prospectif. Ainsi, "il pense sa fin prochaine" aura pour correspondant "il pense que sa fin est prochaine". Cette différence de vision est toutefois sans conséquence syntaxique.
Ces quelques observations, qui n'épuisent pas le sujet, conduisent à deux conclusions provisoires :
- s'agissant d'abord de la définition du domaine, il nous paraît que le domaine doit s'entendre comme un groupement de taxèmes tel que dans un domaine donné il n'existe pas de polysémie de sens. Il est clair que l'existence de polysémies d'emplois (différences dues à un sème localement afférent) se résout à l'intérieur d'un même taxème. Nous reportons le cas des polysémies dues à un sème socialement normé.
- Rastier (1987 p. 50) tend à lier la définition des domaines aux normes sociales, approche cohérente avec la définition de Pottier. Rappelons que Pottier (1974, p. 68) distingue les domaines grammaticaux, tels que relations et formulations, desquels relèvent les grammèmes, et les domaines d'expérience dans lesquels sont regroupés les lexèmes, domaines très liés à la culture ambiante, tels que les domaines du sport, de la politique ou de l'agriculture. Il faut néanmoins admettre une conception très large de la culture et des normes sociales pour y faire entrer le domaine "végétation" à côté de "lecture" ou "métallurgie", domaines qui ont en commun le lexème "feuille", selon trois significations entre lesquelles il est possible de distinguer selon les définitions de Rastier une polysémie de sens. De la même manière, nous avons eu recours jusqu'à présent au domaine de l'éducation, domaine socialement normé s'il en est, et à celui des choses de l'esprit, dans lequel on serait tenté de voir un domaine qui transcende les cultures. Mais, il est vrai que le rapport au réel, et en particulier la notion du temps, est éminemment culturel, et si cette notion est commune aux cultures dominantes dans le monde d'aujourd'hui, on ne peut vraiment en garantir l'universalité, quelle que soit l'énormité qui peut entacher, aux yeux de certains, un tel propos.
Organiser
Définition (PRb) : rendre apte à la vie, doter d'une structure et d'un mode de fonctionnement.
Sèmes génériques :
- dimension : animé
- domaine : praxis
- taxème : former
Sèmes spécifiques : structure, fonction, complexité, but, finalité, permanence, poser, prospective.
Famille : disposer, ménager, aménager, agencer, ordonner, monter.
L'organisation relève à notre sens du domaine de la "praxis", la praxis se définissant (PRb) comme une "activité en vue d'un résultat".
En fonction de
Sèmes génériques :
- dimension : grammème
- domaine : formulation limitative
- taxème : contrainte
Sèmes spécifiques :
Famille : selon, en vertu, sur la base de, d'après, dans le cadre de,...
Les grammèmes ne nous paraissent pas avoir de dimension, sauf celle d'appartenir au catégorème de grammème.
Nous n'avons pas trouvé de formulation adéquate dans l'analyse des cas conceptuels (cf. p. 195).
Organiser le service public de l'éducation en fonction des élèves et des étudiants tient autant du causal que du bénéfactif, et s'écarte de l'un comme de l'autre. La relation causale au cas présent est une relation causale négative dans la mesure où les élèves et les étudiants seraient la cause de ce que le service ne peut pas ou ne doit pas être. La connotation bénéfactive résulte quant à elle d'une afférence contextuelle évidente. On ne pourrait en dire autant s'il s'agissait du service pénitentiaire et si celui-ci devait être organisé en fonction des détenus.
Par ailleurs, il ne nous paraît pas que la notion introduite par le grammème "en fonction de" soit correctement traduite par celle de locatif notionnel.
Nous serions donc tenté d'ajouter parmi les cas d'actance secondaire le cas LIMITATIF qui exprime une contrainte qui s'impose à celui qui agit, et définit en quelque sorte les limites dans lesquelles cette action peut se déployer.
Élève
Sèmes génériques :
- dimension : humain, personnes physiques
- domaine : éducation
- taxème : personne qui suit des études
Sèmes spécifiques : enseignement premier degré, second degré, supérieur ()
Observations : on remarque le sème afférent "supérieur ()", activé dans le contexte local "école" ou "classe préparatoire", où élève prend un sens très proche d'"étudiant" et qui, lorsqu'il est activé, a pour effet de désactiver les deux autres sèmes "premier degré" et "second degré".
Étudiant
Sèmes génériques :
- dimension : humain, personnes physiques
- domaine : éducation
- taxème : personne qui suit des études
Sèmes génériques : enseignement supérieur
"Il contribue à l'égalité des chances."
Contribuer à
Définition (PRb) : aider à l'exécution d'une œuvre commune.
Sèmes génériques :
- dimension : puissance
- domaine : verbes opérateurs, factif
- taxème : agir
Sèmes spécifiques : but, pluralité, communauté
Famille : concourir à, aider à, collaborer, coopérer, participer,...
Antonyme : contrecarrer, s'opposer à, contrarier, s'abstenir,...
Observations : le verbe "contribuer à" fait partie du domaine grammatical et qui recouvre ce que Zellig Harris (1964) a appelé "verbes opérateurs", domaine qu'a particulièrement approfondi Maurice Gross (1968, 1986) dans sa Grammaire transformationnelle du français. Les verbes opérateurs sont la base de constructions complexes mettant en jeu des compléments prépositionnels (complétives) et infinitifs de divers types.
Égalité des chances
Sèmes génériques :
- dimension : humain
- domaine : vie sociale
- taxème : égalité
Sèmes spécifiques : chance
