Jusqu’à une époque somme toute assez récente, la traduction était une activité très peu codifiée : non seulement n’était-elle guère soumise à une réglementation rigoureuse de ses pratiques, ce qui donnait lieu à des interprétations très libres des textes-sources, mais, qui plus est, l’acte de traduire n’instaurait pas automatiquement des rapports dissymétriques entre un démiurge souverain et son serviteur, interprète. En effet, l’évolution relativement autarcique des marchés nationaux du livre, dont chacun possédait son propre cadre légal, qu’il n’ambitionnait pas à faire respecter par les acteurs internationaux, s’accompagnait d’une absence de hiérarchie rigide entre différents producteurs des biens culturels : les traducteurs appartenaient à la République des Lettres au même titre que les auteurs de textes originaux de sorte qu’en préparant la première édition d’œuvres complètes de Charles Baudelaire, les éditeurs y intégraient sans hésitation ses traductions à côté des textes originaux de l’écrivain. La mondialisation accélérée du marché de l’imprimé au tournant du XXe siècle apporte la nécessité de contrôler la commercialisation internationale des livres et donc d’uniformiser les pratiques de leur fabrication dans les pays étrangers. Étape incontournable de la mise en circulation à l’internationale, la traduction se voit rapidement confrontée aux conséquences de cette nouvelle conjoncture socio-économique. La législation supranationale en matière du droit d’auteur, qui se constitue progressivement sous l’égide de la Société des Nations, met ainsi fin à la fois à la liberté de traduction et à un statut égalitaire du traducteur.
L’auteur face à son traducteur : la généalogie d’une relation asymétrique - colloque international (date limite : 3 Octobre 2022)
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