La noémique
Alors que le sème est le trait distinctif sémantique d’un sémème, relativement à un petit ensemble de termes réellement disponibles et vraisemblablement utilisables chez le locuteur dans une circonstance donnée de communication, le noème est un trait de sens posé indépendamment de toute langue naturelle. Il est absolu (et non relatif à un ensemble) et son existence est décidée par l’analyste.
Pottier cite en exemple que le sexe, illustré par mâle ou femelle, est un noème permettant de différencier la jument du cheval, tandis que le nombre de roues pour différencier, l’auto, la moto et le vélo est lié à un type de civilisation et de culture.
Si l’affinité entre sème générique et noème est évidente, on ne saurait donc les confondre. Il s’agit d’une distinction supplémentaire qui se superpose à celle des sèmes génériques et spécifiques. Le sémème renferme des sèmes génériques et spécifiques qui peuvent être soit des noèmes (Sn), soit des sèmes pragmatiques (Sp). Ainsi, nous avons deux formules qui se superposent :
sème = (x Sg + y Ssp)
et
sème = (x’ Sn + y’ Sp)
Nous conviendrons de signaler les sèmes noémiques par un astérisque.
Pottier propose une présentation de l’ensemble des noèmes en cinq grandes classes, classification inspirée de divers linguistes contemporains (Kl. Heger, R. Martin, M. Metzeltin, H. Sebag) et aussi du mathématicien René Thom :
- EXISTENCE
- CARACTÉRISATIONS
- HIÉRARCHIES
- MODULATIONS
Nous renvoyons à TAL pour les développements relatifs à chacune de ces classes. Nous les évoquerons en cours d’analyse.
Nous donnerons ici seulement un exemple. S’agissant de la classe EXISTENCE, les noèmes peuvent se rapporter à la vie et à la durée de vie d’une entité, et nous avons alors trois possibles existentiels : l’inchoatif (naître, apparaître, créer, dessiner,...), le continuatif (vivre, demeurer, être, faire vivre, maintenir,...) et le terminatif (mourir, disparaître, tuer, détruire,...).
Les noèmes peuvent représenter les types de coexistence entre entités, et nous avons trois hypothèses : la coexistence, le rapprochement, spatial ou notionnel (attrait, attraction, attirance, accord, union collusion,...), la distanciation (se séparer, se fendiller, casser, lancer, vendre, émettre,...).
Nous aurons tendance à placer « vendre » dans une catégorie de noèmes qui serait « l’échange » qui correspondrait peut-être à un quatrième sous-type de coexistence entre entités.. Néanmoins, on voit la richesse de cette approche et son caractère structurant pour l’analyse sémantique.
Pratiquement, la structure des sémèmes que nous avons décrite dans le premier rapport d’étape n’est pas à modifier. Seulement, et le progrès est considérable, on peut dire que tout lexème doit se rattacher à au moins une classe noémique, et donc posséder au moins un sème générique qui soit un noème, ce qui ne veut pas dire que tout sème générique sera un noème et qu’il est exclu que des sèmes spécifiques soient eux-mêmes des noèmes. Il conviendra de démontrer expérimentalement la présente proposition. Quoi qu’il en soit la possibilité de structuration de l’analyse sémique par les noèmes est des plus précieuses et est d’application immédiate pour la conception du module d’analyse sémique.

