L’approche par l’intelligence artificielle

Le projet de la logique naturelle est très voisin de celui de l’intelligence artificielle lorsqu’elle fait appel au raisonnement.

Toutefois, la logique naturelle se focalise sur le discours et sur les opérations logico-discursives, en tant que phénomènes de pensée, et non en tant que phénomène linguistique, le raisonnement étant entendu comme « discours ou fragment de discours, énoncé en langue naturelle, orienté vers le détachement d’une conclusion », et étant constitué « d’opérations sur le contenu des énoncés mis en séquence ». (Catherine Péquegnat, 1984, p. 69)

L’intelligence artificielle, quand elle fait appel au raisonnement, ne part pas du raisonnement comme fait de discours (ABQ, 1984, p. 25). C’est probablement un tort car l’intelligence artificielle passe ainsi à côté de la logique que sont les opérations logiques impliquées dans le discours, mais cette orientation présente l’avantage de se placer d’emblée au niveau de multiples activités humaines (perception, prise de décision, planification, diagnostic, interprétation de données, compréhension du langage, conception) auxquelles tant l’informatique classique que la logique formelle, parfois appelée logique mathématique, n’apportent que des réponses insuffisantes. Ces activités présentent la particularité de nécessiter une exploitation raisonnée d’une grande quantité de connaissances.

L’auteur de l’introduction de l’ouvrage collectif « Le raisonnement en intelligence artificielle » (1991, p. 30) définit le raisonnement comme « un enchaînement d’énoncés ou de représentations symboliques conduit en fonction d’un but, ce but pouvant prendre des formes variées : démontrer, convaincre, élucider, interpréter, décider, justifier, expliquer, etc. Les énoncés relèvent eux-mêmes de divers formalismes : soit un formalisme strictement défini (formalisme logique), soit le plus souvent, des formes plus éclectiques : énoncés verbaux surtout, mais aussi informations sensorielles perçues directement, images mentales, souvenirs, expériences personnelles, hypothèses, etc.. ... Le raisonnement est une activité intentionnelle que l’on peut dans une certaine mesure opposer aux activités plus ou moins passives telles que la perception, l’association d’idées, etc. Cette définition générale du raisonnement met [à nouveau] en évidence l’étroite imbrication,…, entre raisonnement et connaissances : aucun mécanisme ou modèle de raisonnement ne peut être abstrait des connaissances sur lesquelles il opère (et du langage dans lequel ces connaissances sont exprimées). Cette dernière formulation, soulignée par nous-même, rejoint le postulat de base de la logique naturelle.

Plusieurs grandes catégories de raisonnement sont proposées :

  • le raisonnement formel
  • le raisonnement procédural
  • le raisonnement par analogie
  • le raisonnement par généralisation et abstraction, lié au raisonnement par classification.

On notera que le raisonnement approximatif et le raisonnement par hypothèse sont intégrés à la catégorie du raisonnement formel.

On observera surtout que chacun de ces types de raisonnement intéresse à des degrés variables le raisonnement juridique.

Notre recherche a été centrée dès le départ sur le texte normatif. Il est donc normal qu’il épouse très largement la démarche linguistique et la logique naturelle. Mais l’on voit, sans pousser plus avant les recherches de convergence, qu’elle s’inscrit dans les préoccupations plus générales qui sont celles de l’intelligence artificielle.

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